Histoire du studio – 2

je rêvais d'une foule en délire

La semaine dernière, je vous ai parlé des influences musicales de mon enfance… assez éloignées du monde afro-latino-caribéen !

Je vous ai aussi promis l’histoire qui raconte comment je suis passée d’une chanteuse de chambre à une chanteuse tout public ! Alors allons-y !

J’étais en 6ème ou en 5ème et j’avais réuni mes amies sous le préau du collège. Cela faisait plusieurs semaines que j’avais préparé ma chanson. Je n’ai pas le souvenir d’avoir eu beaucoup d’appréhension, j’étais plutôt confiante.

Ce moment était important, j’allais me retrouver face à un vrai public pour la première fois. Ce n’était pas possible à l’époque de s’enregistrer avec un portable pour juger seule sa prestation. Il fallait oser sauter dans le grand bain.

On y était : elles étaient peut-être trois ou quatre, debout, formant une sorte de cercle. Je tenais entre les mains les paroles écrites sur une feuille de papier, pour éviter le blanc du trac. Et je me suis lancée.

A la fin de ma prestation, j’ai observé les réactions, espérant y trouver quelques émotions.

Ce n’était pas très clair : il me semblait lire de l’incompréhension, de la gêne, et la foule en délire était plutôt timide, voire carrément inexistante.

Une de mes amies a coupé court et a mis des mots sur ce qu’on était en train de vivre : ce qu’elles avaient entendu n’avait rien d’extraordinaire.  

J’étais face à un bide total.

C’est normalement à ce moment précis que la sonnerie de fin de récréation retentit et permet d’espérer l’amnésie générale. Mais on n’était pas dans une série télé, les filles étaient toujours là, et moi aussi.

Face à la violence de l’instant, plusieurs options s’offraient à moi :

Répondre à la porte-parole qu’elle ne comprenait rien au talent et me conforter dans l’idée que mon jury était incompétent (si j’avais su qu’André Manoukian allait qualifier Amel Bent de chanteuse de karaoké des années plus tard, j’aurais certainement fait ce choix).

Me rappeler que cette amie est aussi une camarade de classe, qu’on compare nos notes régulièrement, et réaliser que sa réaction n’est autre qu’une vengeance vis-à-vis de mon 19/20 en français.

M’enfuir du collège sur-le-champ, changer d’identité et de pays, laissant mes parents tristes à jamais. Mais penser à leur écrire une lettre pour leur dire qu’ils n’y sont pour rien.

Regarder le groupe, les mettre au défi de « la première arrivée au panier de basket a gagné ». Et voir si c’est suffisant pour que tout le monde oublie.

Affronter les regards et me toucher le bras pour vérifier que je suis toujours en vie. Puis prendre mon pouls, constater que mon cœur ne bat plus et demander à être accompagnée à l’infirmerie. Les secondes étant certainement comptées.

En attendant de vous dévoiler la suite de cet épisode inconfortable, je me demande bien comment vous auriez réagi à ma place… vraiment ?

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